J'avais à peine quelques années lorsque, au lieu de faire la sieste dans la pénombre de ma chambre d'enfant, je me levais pour allumer cette lampe que j'avais réalisé à l'école.

L'abat jour était une feuille blanche sur lequel j'avais dessiné naïvement des soleils et des gens avec les bras qui sortaient de leur tête, et le corps de la lampe était une bouteille vide recyclée avec des boules multicolores en papier mâché, que nous avions rempli à l'école de la rue Violet à Paris dans le XVème arrondissement.

Je restais ainsi de longues minutes à contempler, au lieu de dormir, les jeux de lumière à travers ces dessins et éléments colorés et ce n'est que l'année 2008 que j'ai compris que surement viennent de là mes intuitions, par ce procédé appelé phosphénisme.

Depuis toujours, une lumière hivernale parisienne marron me rendait littéralement malade, et mes travaux professionnels d'adulte se tournent essentiellement sur la photographie, comprendre l'écriture de la lumière au sens large. J'ai pu joindre de cette élément la clairvoyance et le matériel, ce qui est paradoxal mais donc terriblement humain.